Mon zèbre, mes zébrures et moi…

Je suis un zèbre. Peu de gens autour de moi le savent. Par peur du clichés et de réflexions mal placés #PleaseDontJudgeMe. On appelle zèbre, une personne avec un haut QI: un surdoué, un haut potentiel, un Sheldon Cooper si tu préfères. Tant d’images qui sont bien loin de ce que l’on est vraiment au fond.

Je suis un zèbre, ça veut dire quoi ?

Pour la faire courte, un zèbre n’est pas quelqu’un de plus intelligent mais quelqu’un qui pense et ressent différemment. Concrètement, tout se situe au niveau de l’amygdale, cette glande responsable du décodage des émotions dans le cerveau, qui est chez les zèbres, hypersensible. Résultat, on est hyper réactif à tout stimuli.

  • Hyper activation cérébrale, où en gros, on pense tout le temps au point d’en devenir infernal (et insomniaque). Parfois accompagné d’un trouble de l’attention et de la concentration.
  • Une vitesse de transmission de l’information supérieure. Ce qui explique qu’un zèbre soit très intuitif et pige plus vite que les autres. Au point de s’ennuyer ferme à l’école et de devenir la risée de ses camarades voire des professeurs (hashtag TMTC)
  • Une hypersensibilité, émotionnelle et empathique. Merci l’amygdale, c’est le bordel dans mes émotions et c’est de ce sujet que va précisément porter mon article, parce que c’est le principal « handicap » du zèbre : nos émotions non socialement tolérées.

Pour en savoir plus, je vous invite à lire les livres de Jeanne Siaud-Facchin ou Monique de Kermadec. Elles ont été les premières à traiter de la surdouance chez l’adulte. Etre un zèbre n’est pas une question de combien on a de QI, d’ailleurs qu’est-ce qu’on s’en fout ?! L’important n’est pas le chiffre mais ce que l’on en fait. L’important est la façon dont on l’a appris et quand, si son entourage l’a accepté voire su l’optimiser… Les zèbres sont donc foncièrement différents les uns des autres, et chacun a sa façon de le vivre. Pour ma part, j’ai 34 ans, et je l’ai appris il y a 6 mois (au moment où j’écris ses lignes). Avant ça, je pensais être fragile, psychologiquement instable et stupide. Le regard des autres sur la (non) gestion de mes émotions étaient très durs voire destructeurs. Depuis, rien à changer mais tout s’explique.

Je pense donc je suis ? Pas vraiment…

A partir de ce moment de l’article, je vais parler de mon focus et mes propos n’engagent que moi, dans ma zébritude. Comme vous l’aurez probablement deviné, ça va pas être tout rose. Une difficulté pour un zèbre est de contrôler le flux de sa pensée. On se prend toutes les informations, en pleine face, sans filtre et c’est épuisant. On pense au point de ne plus arriver à se concentrer, à prioriser voire à dormir même sous somnifères. C’est infernal, et surtout c’est angoissant. Parce qu’à force de penser, on s’angoisse, voire on psychote. Donc on sur-réagit, et comme on est déjà hypersensible émotionnellement, ça devient vite compliqué à gérer. La solution ? Pas dans les médicaments en tout cas. Etre un zèbre n’est pas une pathologie, et les médicaments, lorsqu’ils fonctionnent, atténueront un aspect de la zébritude pour en mettre en exergue une autre. Il faut apprendre à se canaliser, par une aide extérieure et/ou la méditation. Chacun ses astuces.

La débandade des émotions

C’est MON point noir. Mon hypersensibilité m’a longtemps bouffée et me bouffe encore. J’ai pas de filtres. J’ai su un temps porter un masque (on appelle ça le faux-self) mais aujourd’hui, trop épuisée de cacher mes ressentis, je n’y arrive plus. Alors, je me prends toutes les émotions puissance 1000 dans la tête et je dois gérer. Ne pas prendre mal telle réflexion, ne pas prendre « tout à cœur », ne pas « être parano », arrêter de pleurer pour rien, de faire sa malheureuse, de jouer la comédie, de douter de tout et de tout le monde… J’ai passé toute MA.FUCKING.LIFE à me faire renvoyer mes émotions comme quelque chose de faux, d’anormal, voire d’ingrat. Comme si je n’avais pas le droit de ressentir et qu’il ne fallait surtout pas que je le sorte de moi. Alors, tu bous, tu bous et parfois tu craques. Et c’est reparti pour une énième interprétation de tes émotions et de tes sentiments. Interprétation bien souvent très fausse mais à leur yeux implacable, comme si eux, savaient mieux que toi ce que tu ressens et si cela est normal ou non.

L’image que l’on me renvoie 

Je peux parfaitement comprendre que mon hypersensibilité peut-être pesante, mais est-ce une raison pour interpréter le moindre de mes ressentis (quand j’ose, avec la boule au ventre, enfin l’exprimer), pour me renvoyer ce regard de bizarrerie, ou cette image de personne toxique ? A ceux qui me répondent de changer ou de faire des efforts, je demanderai en retour si il leur viendrait à l’esprit de demander à une personne en fauteuil roulant de faire l’effort de marcher ou à une personne muette de savoir parler ?  J’ai pas de filtres pour prioriser les maux et les mots que l’on me balance en pleine face. C’est comme ça. Et des efforts, j’en fait tous les jours. Parce que dans ce monde dans lequel on évolue, on doit s’adapter chaque jour, à chaque minute. Alors si vous vous battez pour certains droits comme (rayer les mentions inutiles): ceux des handicapés, du LGBT, le féminisme, la parité sociale ou toute autre cause, pourquoi ne pas avoir cette même tolérance envers mes zébrures ?

S’ils savaient avec quelle force je ressens…

Ils partiraient en courant, d’ailleurs c’est ce que certains ont fait… Mais s’ils savaient que les émotions que je leur montre ne sont qu’une infime partie de ce que je ressens à l’intérieur. Tu veux toujours me faire des reproches sur cette émotion que j’ai osé partager ? Tu m’envies toujours mes zébrures ? Moins hein n’est-ce pas  …

A ceux qui me « conseillent » d’aller voir un spécialiste, rassurez-vous je le fais. J’ai même fait l’erreur de croire qu’avec des médicaments, tout s’arrangerait. Alors, j’ai compris que mes zébrures n’étaient pas une pathologie et j’ai arrêté tout traitement pour suivre une psychothérapie. Non pas à cause de ma zébritude, encore une fois, ce n’est PAS une pathologie, mais à cause du regard des autres. Surtout qu’inconsciemment, je m’étais entourée ces dernières années de personnes soit zèbres comme moi, soit hypersensibles. Alors, lorsque je m’ouvre à autre chose, je peux me prendre des choses assez sales.

Et elle en dit quoi ma psy ? Bah elle en dit que je suis un zèbre et que, de ce fait, ma manière de réagir est parfaitement normale. (Et que si ça plait pas, c’est la même, oui ma psy est cash). Ce qui n’empêche pas de travailler dessus, d’avancer, de m’améliorer et de faire en sorte de me sentir un peu plus légitime dans ce monde que je ne comprendrai décidément jamais. Bref, je m’adapte ! 🙂

 

Voilà, c’était mon ressenti sur ces zébrures, pas bien jouasse, sûrement dû au fait que je l’ai appris très (trop) tard et que je n’ai donc pas su agir en fonction. Je n’attends rien de cet article, il ne changera pas le monde, mais si il change le regard d’une seule personne, que je la connaisse ou non, j’aurai gagné quelque chose. Encore une fois n’oubliez pas que chacun vit ses zébrures comme il le peut, certains, en fonction de leurs vécus, mieux que d’autres. Comme le prouve cette émission qui traite du sujet sans trop de caricatures:

2 Responses to “Mon zèbre, mes zébrures et moi…

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    […] de lui, antipathique et qui refuse toute remise en question. Or, comme je l’explique dans mon tout premier article sur la surdouance, un zèbre est la plupart du temps un hypersensible. Une sensibilité qui varie selon le […]

    5 mois ago

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